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Énergie du Mali : 92 milliards de FCFA d’irrégularités pendant que le pays s’enfonce dans l’obscurité

  • Writer: La redaction du Journal
    La redaction du Journal
  • Jun 30
  • 2 min read

Pendant que des millions de Maliens subissent quotidiennement des délestages interminables, que des entreprises réduisent leurs activités et que des familles passent leurs nuits dans la chaleur faute d’électricité, un rapport de vérification sur la gestion de la Société Énergie du Mali (EDM-SA) met en lumière des irrégularités financières d’une ampleur exceptionnelle : plus de 92 milliards de FCFA entre 2020 et 2023. 

Selon les conclusions rendues publiques par le Bureau du Vérificateur Général (BVG), les anomalies relevées touchent plusieurs domaines stratégiques : achats de combustibles, contrats énergétiques, marchés publics, fiscalité et gouvernance. L’un des constats les plus frappants concerne le paiement de plus de 30,5 milliards de FCFA de TVA sur des contrats d’hydrocarbures qui bénéficiaient pourtant d’exonérations fiscales.


Cette somme représente à elle seule l’une des plus importantes irrégularités identifiées dans le rapport. Pour de nombreux observateurs du secteur énergétique, une telle perte soulève une question fondamentale : comment une entreprise publique confrontée à une crise financière chronique a-t-elle pu supporter de telles charges sans que les mécanismes de contrôle ne les détectent ou ne les corrigent à temps ?


Le rapport évoque également des paiements effectués pour de l’énergie qui n’aurait pas été produite ni livrée, des augmentations de prix contestées dans certains contrats énergétiques, ainsi que des irrégularités dans l’attribution de marchés de combustibles.


Ces révélations interviennent dans un contexte particulièrement sensible. Depuis plusieurs années, le Mali traverse une crise énergétique profonde. Malgré des subventions publiques importantes accordées à EDM-SA, la société continue d’accumuler des difficultés financières et un endettement considérable. Le BVG rappelle d’ailleurs que l’État a injecté plus de 140 milliards de FCFA de subventions d’exploitation entre 2020 et octobre 2023 afin de soutenir l’entreprise. 


Pour les consommateurs maliens, la question dépasse désormais le simple cadre comptable. Derrière les chiffres se cache une réalité quotidienne : commerces contraints de fermer plus tôt, ateliers fonctionnant grâce à des groupes électrogènes coûteux, élèves révisant à la lumière de lampes rechargeables et hôpitaux confrontés à des interruptions de service.


Les 92 milliards de FCFA évoqués dans le rapport représentent un montant considérable dans un pays où les besoins en infrastructures énergétiques demeurent immenses. À titre de comparaison, une partie de ces ressources aurait pu contribuer à l’acquisition de nouvelles capacités de production, au renforcement du réseau de distribution ou à la modernisation des équipements vieillissants. Une telle perspective alimente aujourd’hui la colère d’une partie de l’opinion publique.


Le Bureau du Vérificateur Général indique avoir transmis les faits susceptibles de constituer des infractions aux autorités judiciaires compétentes, notamment au Pôle national économique et financier.


Au-delà des éventuelles responsabilités individuelles qui devront être établies par la justice, cette affaire pose une interrogation plus large sur la gouvernance du secteur énergétique malien. Dans un pays où l’électricité est devenue un enjeu économique, social et même sécuritaire, les citoyens attendent désormais des réponses concrètes : où sont passés ces milliards et quelles mesures seront prises pour empêcher que de telles irrégularités ne se reproduisent ?


Car pendant que les rapports s’accumulent sur les bureaux des institutions, les délestages, eux, continuent de rythmer le quotidien de millions de Maliens.


La rédaction

 
 
 

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