Interview exclusive avec une figure importante de l'opposition Burkinabè
- La redaction du Journal

- Jul 1
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1. Monsieur le Président, plus de trois années se sont écoulées depuis votre départ en exil. Dites-nous ce qui vous a poussé en exil et comment vivez-vous cette situation, humainement et politiquement ?
J’ai quitté mon pays parce que ma sécurité n’était plus garantie. Mes prises de position publiques et mon engagement citoyen m’exposaient à des risques que je ne pouvais plus ignorer. L’exil n’est pas un choix de confort, c’est une décision de survie.
Humainement, c’est une épreuve très difficile. Être loin de sa famille, de ses enfants, de sa terre natale est une souffrance quotidienne. Politiquement, cela ne m’a pas fait renoncer à mes convictions. Au contraire, l’exil m’a donné encore plus de détermination à poursuivre mon engagement pour la vérité, la justice et une gouvernance responsable.
2. Votre engagement vous a coûté cher. Votre père aurait été enlevé dans des circonstances que vous attribuez à des éléments liés au pouvoir. Où en est aujourd’hui cette affaire et qu’attendez-vous des autorités burkinabè ?
Mon père demeure porté disparu depuis son enlèvement. Jusqu’à présent, aucune explication officielle satisfaisante n’a été donnée et aucune enquête crédible n’a permis d’établir les responsabilités.
J’attends des autorités qu’elles fassent toute la lumière sur cette affaire, qu’elles respectent les droits fondamentaux des citoyens et qu’elles mettent fin aux disparitions forcées. Au-delà du cas de mon père, je pense à toutes les familles qui vivent le même drame.
3. Malgré les risques, vous poursuivez votre engagement. Qu’est-ce qui vous donne encore la force de continuer ?
Ma force vient de ma foi, de ma conscience et de tous les Burkinabè qui continuent de croire qu’un autre avenir est possible. Chaque message de soutien, chaque témoignage de victime me rappelle pourquoi je continue. Renoncer reviendrait à abandonner ceux qui n’ont plus de voix.
4. Pourquoi avoir créé l’Initiative Faso Vérité et Gouvernance ? Quel vide souhaitiez-vous combler ?
L’IF-VEG est née du constat qu’il existait un déficit d’information indépendante et de contrôle citoyen. Nous avons voulu créer un espace où les citoyens peuvent signaler des faits, partager des informations et encourager une culture de responsabilité publique.
Notre ambition est de promouvoir la vérité, la transparence et la bonne gouvernance.
5. Quels sont aujourd’hui les principaux objectifs de l’IF-VEG ?
Nos objectifs sont de promouvoir la transparence dans la gestion publique, encourager la participation citoyenne, documenter les violations des droits humains, sensibiliser les populations aux principes de bonne gouvernance et contribuer à une culture de redevabilité.
6. Certains vous présentent comme un opposant politique déguisé en acteur de la société civile. Comment définissez-vous réellement l’IF-VEG ?
L’IF-VEG est une organisation citoyenne. Nous ne sommes pas un parti politique. Notre rôle est d’observer, d’informer, de documenter et d’interpeller les autorités, quelles qu’elles soient. Lorsque nous critiquons une décision, nous critiquons des actes et non des personnes.
7. Comment votre organisation est-elle structurée ?
L’IF-VEG fonctionne grâce à un réseau de bénévoles, de correspondants et de relais présents aussi bien au Burkina Faso qu’à l’étranger. Les informations remontent, sont recoupées et analysées avant toute publication.
8. En quoi consiste concrètement la Veille citoyenne ?
On le dit parfois, la Veille citoyenne est le système immunitaire de notre démocratie. De façon opérationnelle, elle consiste à recueillir la parole, les témoignages, les alertes et les réalités du terrain vécues par les citoyens. Après un travail rigoureux de vérification pour distinguer les faits du bruit, ces informations sont restituées au grand jour. C’est l’acte de transformer une vigilance collective en une lumière publique, pour que ce qui relève de l’intérêt général ne reste plus jamais dans l'ombre.
9. Comment vérifiez-vous les informations avant leur publication ?
Nous privilégions le recoupement des sources, les témoignages indépendants, les éléments matériels lorsqu’ils existent et nous préférons parfois retarder une publication plutôt que diffuser une information insuffisamment étayée.
10. Avez-vous déjà renoncé à publier certaines informations faute de preuves suffisantes ?
Oui. Nous recevons beaucoup d’informations, mais toutes ne sont pas publiées. Lorsqu’un doute sérieux subsiste ou que les éléments sont insuffisants, nous préférons nous abstenir.
11. Comment préserver votre crédibilité ?
La crédibilité repose sur la rigueur, l’honnêteté intellectuelle et la transparence. Nous acceptons également de corriger une erreur lorsqu’elle est démontrée.
12. Quel regard portez-vous sur l’évolution de la situation sécuritaire depuis l’arrivée des militaires au pouvoir ?
La dégradation à tous les niveaux. Sur le plan sécuritaire, de nombreux villages sont inaccessibles, sont souvent gérés par les hommes armés qui dictent leurs lois aux pauvres populations.
Sur le plan des valeurs humaines, c’est le chaos total. L’intégrité qui faisait la fierté du Burkinabè partout où il se trouve est aujourd’hui une coquille vide parce que le Capitaine Ibrahim Traoré est un pilleur de ressources et qui fait profiter à son clan familial en premier.
Sur le plan social, le tissu social n’a jamais autant été fissuré. La méfiance, la haine et la rancœur face aux nombreuses injustices subies ont fini par avoir raison du mal-être des Burkinabè.
13. Le régime affirme avoir restauré une partie de la souveraineté nationale. Partagez-vous cette analyse ?
La souveraineté ne se limite pas aux discours. Elle se mesure à la capacité d’un État à protéger sa population, garantir ses libertés et assurer le fonctionnement normal de ses institutions.
14. Les libertés publiques se sont-elles renforcées ou affaiblies ?
À mon avis, les libertés publiques se sont affaiblies. Plusieurs voix critiques estiment que l’espace civique s’est réduit et que les opinions divergentes sont moins tolérées.
15. Que répondez-vous à ceux qui vous accusent de mener une guerre informationnelle contre le Burkina Faso ?
Je réponds que je n’ai jamais été contre le Burkina Faso. Mon engagement porte sur les politiques publiques et la gouvernance. Critiquer des décisions ne signifie pas être contre son pays.
16. Êtes-vous favorable à un dialogue national ?
Oui. Aucun pays ne peut durablement sortir d’une crise sans dialogue. Toutes les composantes de la Nation devraient pouvoir s’exprimer dans le respect mutuel.
18. Quel est votre message à la jeunesse ?
Je demande aux jeunes de rester lucides, de préserver leur esprit critique, de se former et de participer activement à la vie de leur pays sans céder à la haine.
19. Pensez-vous que la démocratie burkinabè puisse se reconstruire ?
Oui. À condition que les institutions soient renforcées, que la justice soit indépendante et que tous les citoyens puissent participer librement au débat public.
20. Seriez-vous prêt à rentrer au Burkina Faso ?
Oui, dès lors que les conditions de sécurité, de liberté et de respect des droits fondamentaux seront réunies.
21. Quelle est votre vision du Burkina Faso dans dix ans ?
Je souhaite un Burkina Faso réconcilié avec lui-même, où la sécurité est rétablie, où la justice est indépendante, où les jeunes trouvent des opportunités et où les institutions sont fortes.
22. Quels sont les prochains projets de l’IF-VEG ?
Nous souhaitons renforcer notre réseau de Veille citoyenne, améliorer nos méthodes de documentation, développer la formation de nos bénévoles et poursuivre nos actions en faveur de la transparence et de la bonne gouvernance.
23. Quel message adressez-vous aux familles des personnes disparues, détenues ou contraintes à l’exil ?
Je leur exprime toute ma solidarité. Leur souffrance est immense, mais elles ne doivent pas perdre espoir. La vérité finit toujours par émerger.
24. Quel appel lancez-vous aux autorités de la transition ?
Tout ce que je souhaite, c'est que Ibrahim Traoré tire toutes les conséquences de son échec et du chaos qu'il a installé au Burkina en démissionnant immédiatement et se mettre à la disposition de la justice. Cela est non négociable.
25. Quel message adressez-vous à l’ensemble des Burkinabè ?
Notre pays appartient à tous les Burkinabè. Nous pouvons avoir des opinions différentes sans devenir des ennemis. Le Burkina Faso a besoin d’unité, de justice, de vérité et de respect mutuel pour retrouver la paix.
*Dernière question* : Après toutes les épreuves que vous avez traversées, si l’histoire devait retenir une seule chose de votre engagement, laquelle aimeriez-vous que ce soit ?
J’aimerais que l’histoire retienne qu’au moment où beaucoup choisissaient le silence, j’ai choisi de parler selon ma conscience. Que mon engagement, quelles que soient les critiques qu’il suscite, aura été guidé par ma conviction qu’un citoyen ne doit jamais renoncer à défendre la vérité, la justice et l’intérêt de son pays. Mon souhait est que les générations actuelles et futures vivent dans un Burkina Faso libre, réconcilié et gouverné dans le respect de la dignité humaine.
La rédaction










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